1. Méconnaissance du dispositif :

Testez votre entourage en leur demandant de vous expliquer ce qu’est le service civique.

Vous aurez la plupart du temps ces deux réponses :

  • « C’est ce qui remplace le service militaire, non ? »

  • « C’est bien la journée citoyenne où on vérifie si tu n’es pas illettré ? »

Force est de constater que 6 ans après son lancement, et ce malgré de multiples campagnes de communication, le service civique reste un dispositif relativement méconnu du grand public, à la fois par les jeunes mais aussi par une part importante de dirigeants associatifs.

Ce programme est souvent perçu à tort par les jeunes comme du simple bénévolat réalisé auprès d’associations de quartier. Ces mêmes jeunes qui idolâtrent des sportifs ou artistes pour leur talent, mais aussi pour leur réussite sociale et leur fortune. Le service civique est donc considéré comme une perte de temps, alors que ces jeunes sont en quête d’un premier emploi pour pouvoir se lancer dans la vie active.

Le service civique peut également décourager de nombreuses structures d’accueil potentielles, le recrutement de volontaires nécessitant un accompagnement individualisé au quotidien, alors que salariés ou bénévoles de l’association concernée sont déjà débordés par sa gestion courante.

  1. Présentation du dispositif :

Qu’est donc le service civique réellement ? Il s’agit d’une mission d’intérêt général (de 6 à 12 mois) proposée à des jeunes (16-25 ans) qui favorisera l’éveil de leur engagement citoyen et pourra ainsi contribuer au vivre ensemble des générations futures.

Aussi bien destinés à des personnes hautement diplômées que sans qualification, le service civique peut également remobiliser des jeunes grâce à une expérience qui pourra leur servir de tremplin pour leur projet professionnel. En effet, 75% des jeunes engagés sont en situation d’emploi ou de formation 6 mois après leur mission de service civique. Au delà de l’acquisition de savoir-être (tolérance, respect…) transférables au monde de l’entreprise, le volontaire assimilera également des savoir-faire et se constituera un réseau professionnel qui pourront être déterminants dans sa recherche d’emploi. Il ne s’agit donc pas d’une période sabbatique, mais bien d’une période de développement à la fois personnelle et professionnelle qui a fait ses preuves depuis le lancement du dispositif.

  1. Application au mouvement sportif associatif :

Les structures d’accueils concernées par ce dispositif relèvent du mouvement associatif. Par conséquent, les clubs, sous le statut d’associations sportives, ainsi que les comités, ligues et fédérations sont en mesure d’accueillir au sein de leur structure des volontaires. C’est pourquoi de nombreuses fédérations sportives ont allégrement communiqué ces dernières années sur ce dispositif pour inciter leurs clubs à y recourir et ainsi développer leur discipline sur le territoire. Le sport étant de plus en plus reconnu comme un vecteur d’insertion efficace au sein des quartiers prioritaires, un programme dédié au sport a même été lancé en 2015 selon deux axes fixés par le Ministère : réduction de l’inégalité face à l’accessibilité de la pratique sportive et développement du sport santé. L’objectif annoncé est donc clairement de développer la dimension sport pour tous, plutôt que le sport de masse ou élite, qui lui relève de la gestion quotidienne d’un club et donc d’une activité salariée.

  1. Opportunités pour le tennis de table :

La Fédération Française de Tennis de Table cherche depuis plusieurs années à augmenter son nombre de licenciés en valorisant davantage la dimension « loisir » de son sport (4 millions de pratiquants pour 200 000 licenciés). Elle cherche ainsi à attirer dans les clubs des publics ciblés à l’aide de programmes spécifiques : le Baby Ping pour les 4-7 ans, le Fit Ping pour la pratique féminine, Educ’ Ping pour les scolaires….Ces programmes, très bien conçus dans leur théorie, éprouvent des difficultés à être mis en place sur le terrain. En effet, un entraîneur encadre au quotidien les séances d’entraînements pour les licenciés du club, qu’ils soient loisirs et compétitions, et parfois les scolaires. Les dirigeants de club sont en revanche plus réticents à missionner leur entraîneur sur des actions de développement, qui représentent un investissement sans garantie de « rentabilité » et s’avèrent moins gratifiantes sportivement.

C’est dans ce sens que le service civique peut s’avérer être un réelle solution à la problématique de développement de notre discipline. Le volontaire peut être missionné par le club pour aider à la mise en place une nouvelle action de développement auprès d’un public spécifique, qui aura été identifié en amont dans le projet associatif du club, sous le tutorat de l’entraîneur diplômé d’Etat. Ces actions pourront même faire l’objet de financements supplémentaires via des demandes de subvention auprès des différents dispositifs (CNDS, de la Politique de la Ville…).

La FFTT a adressé une newsletter sur ce dispositif seulement à partir de l’an dernier, proposant elle-même des missions au sein de ses organismes déconcentrés (comités, ligues…), et renvoyant vers un lien détaillant le dispositif et incitant les clubs à faire de même. La mise en place de ce dispositif au sein des clubs requiert la mise en place de réunions d’informations physiques tant il est spécifique, si l’on souhaite éviter toutes formes de dérives….

  1. Dérives possibles dans la mise en application par les clubs :

Malheureusement, des abus sur l’exploitation du dispositif ont vu vite le jour.

Il faut tout d’abord rappeler que le recrutement d’un volontaire engendre un coût quasi nul pour la structure d’accueil. L’indemnité de 463€ nette est versée directement par l’Etat au volontaire. Il reste à la charge de l’association une indemnité dont le montant minimum est fixé à 106€ afin de couvrir une partie des frais de déplacements et de restauration du volontaire, alors qu’elle se voit verser la somme de 100€ pour l’accompagnement du volontaire (tutorat). Soit un coût net mensuel de 6 € par mois pour une mission pouvant aller jusqu’à 35 heures par semaine. Certains clubs utilisent donc le service civique comme une activité salariée d’éducateur sportif déguisée.

En cette période de mutations fleurissent sur le site tennis-de-table.com des annonces où le dispositif service civique est couramment proposé. Il est en effet courant de voir des clubs proposer à des joueurs numérotés de les rejoindre sous la forme de ce dispositif. La mission d’intérêt général concernée n’est en revanche nullement mentionnée, faute certainement d’exister… Renforcer un club sportivement ne consiste pas en soi en une mission d’intérêt général. Et indirectement cette tendance peut déboucher sur l’augmentation des prétentions d’indemnités des joueurs de bon niveau…

Les dirigeants doivent donc prendre leur responsabilité et réaliser que l’argent du contribuable ne doit pas être utilisé à ces fins. La clé d’entrée du recrutement d’un volontaire doit reposer sur la capacité d’un club à proposer une mission de développement, en adéquation avec la motivation du volontaire de s’engager pour une action citoyenne. Le critère sportif ne doit pas rentrer en ligne de compte dans ce cadre.

  1. Propositions :

  • Réunions d’information pour les clubs sur le service civique : organisées par les Comités/Ligues et animées par des représentants du l’Institut de l’Engagement.

  • Montage et validation du dossier de demande d’agrément du club avec le Comité/Ligue.

  • Relais du Comité/Ligue sur les opportunités de formation des tuteurs de volontaires.

  • Visite de contrôle du Comité/Ligue au sein du club pour l’aider dans l’accompagnement du tuteur au quotidien au sein de la structure et vérifier le caractère d’intérêt général de la mission.

  • Organisation par les Comités/Ligues de formations civique et citoyenne pour les volontaires.

Nicolas PETIT

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