Quelle est ton activité dans le Tennis de Table ?

Je suis actuellement directeur sportif au club de CHARTRES ASTT. J’ai travaillé pendant une vingtaine d’années dans le club de Marly le Roi en côtoyant un peu tous les niveaux. J’ai également été conseiller technique départemental des Yvelines et enfin, j’ai eu en charge l’équipe de France cadettes il y a quelques années maintenant. J’ai toujours été attiré par le haut niveau et cette envie d’atteindre l’excellence.

Quelle vision as-tu de manière générale sur le Tennis de Table en France aujourd’hui ?

Je pense que le tennis de table français est un peu à un moment charnière de son histoire. En effet, il a connu une évolution importante en terme de développement et de résultats sur les 25 dernières années, mais j’ai l’impression que l’on arrive au bout de quelque chose, et que l’on peut basculer rapidement d’un côté ou de l’autre.
La difficulté est de s’appuyer sur nos forces historiques que sont les clubs et le côté collectif que beaucoup de disciplines nous envient mais aussi de développer d’autres formes de pratiques qui correspondent aux attentes des gens.

La situation des clubs me fait peur. Etre acteur d’une association devient très compliqué. Le président assume un rôle quasi professionnel dans certains cas avec les inconvénients mais pas les avantages. Les éducateurs sont multitâches et se retrouvent souvent très loin de leur fonction première. Tous ces facteurs créent un climat qui n’est souvent pas propice au développement tant il y a déjà à faire.
A côté de cela, quand on compare notre situation à celle de nombreux pays étrangers, on peut aussi dire que l’on a des « problèmes de riches » car il faut avoir conscience qu’en Europe, nous sommes parmi les mieux lotis en termes de moyens.

Quel regard portes-tu sur la Fédération aujourd’hui ?

Comme son nom l’indique, une fédération se doit de fédérer, d’unir, de rassembler… Elle se doit d’utiliser toutes ses forces vives pour avancer. Aujourd’hui, on constate aisément que ce n’est pas le cas. Je n’ai jamais senti autant de décalage entre les dirigeants et les pratiquants, mais aussi entre les dirigeants et les cadres techniques et même entre les dirigeants entre eux. Chacun reste dans son coin en pensant avoir raison et les rapprochements sont inexistants. Je suis en colère car ce climat est devenu très fort avec l’équipe fédérale actuelle qui ne se rapproche de la base que par intérêt et qui n’accepte aucune remarque. Je l’ai vécu à titre individuel en signant une lettre collective rassemblant une centaine d’entraîneurs sur des désaccords au niveau de la DTN. Cette lettre se voulait lancer le débat ! Aucun débat n’a eu lieu, aucune réponse n’a été donnée et les signataires ont été tout simplement bannis des missions nationales …

Vous l’aurez compris, je ne suis pas en phase avec ce qui se passe actuellement au sein de la fédération qui use souvent d’une communication très orientée et ne favorise pas l’échange comme on pourrait l’espérer.

Qu’est-ce que t’inspire l’Equipe de France aujourd’hui ? Filles et garçons.

En garçons, suite au programme de détection entreprit il y a plus de  dix ans maintenant, nous connaissons en France une génération de jeunes assez exceptionnelle. Une génération comme nous n’en avons jamais eu, tant en qualité qu’en quantité. Il faut maintenant l’aider à grandir en étant à la fois exigeant et patient, et en réfléchissant aux solutions individuelles les plus pertinentes pour chacun. Je tiens à ajouter qu’il est faux de dire que nos jeunes sont bons mais qu’ils ne passent pas le cap senior. Il ne faut pas oublier que le 1er titre européen jeune en simple de l’histoire ne date que de 2009. Nous en avons connu sept depuis mais c’est pour l’instant trop tôt pour savoir s’ils franchiront les étapes que nous attendons. N’oublions pas que l’âge moyen des meilleurs européens est d’environ 29 ans !

En filles, je pense que nous possédons également quelques éléments intéressants, mais avec une densité bien moins importante. Pour moi, il y a deux chantiers très clairs, accompagner nos meilleurs éléments en étant dans une démarche très individuelle, et à l’inverse, relancer une dynamique collective en étant très ouvert afin de susciter de nouvelles envies.

Je pense donc qu’il y a des motifs d’espoir mais qu’il y a lieu de rester prudent. Il faut vraiment réfléchir sur l’évolution de nos structures afin de coller au mieux aux besoins du haut niveau actuel qui, rappelons-le, n’a jamais été aussi concurrentiel dans le monde.

A ton avis, quel projet d’envergure faudrait-il lancer pour servir le développement de l’activité ?
Je ne sais pas si un projet d’envergure est le plus important pour le développement de notre activité. Ce qui se passe en général montre que la vitalité d’un sport passe par deux points essentiels à savoir un résultat de haut niveau, et la force de ses clubs.

Pour le haut niveau, le but reste donc d’être le plus performant possible en se donnant vraiment la chance d’avoir un résultat significatif.

Pour les clubs, je pense qu’il y a une vraie réflexion à avoir pour être plus efficace. Actuellement, la mutualisation est assez faible et les services proposés sont souvent les mêmes. L’organisation peut être grandement optimisée et la fédération doit être à la fois un guide et une aide en ce sens.

Ces réflexions succinctes doivent bien sûr être développées mais ces deux points me paraissent déterminants.

Et si tu veux faire une remarque particulière…

Je suis content de voir la mise en place de ce blog. Rassembler des idées, confronter des points de vue, échanger, ne peut que qu’être positif et permettra, je l’espère, de trouver une alternative à la situation que nous connaissons actuellement.

Emmanuel Rassouw

 

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