Avec ses 5 497 100 élèves scolarisés en 2015 dans le second degré sous tutelle du Ministère de l’Education Nationale, les collèges et lycées publics et privés sous contrat représentent un temps, un lieu et une opportunité pour tous élèves sans distinction d’être initiés, encouragés, accompagnés et familiarisés avec toutes les formes de pratique du tennis de table.

Cet apprentissage a bien lieu dans les cours d’EPS obligatoires de la 6ème à la classe de Terminale et évalué de manière totale au CAP/ BEP/ BAC mais nous retrouvons également des formes plus compétitives dans le cadre des Associations Sportives des établissements ainsi que dans le cadre des sections sportives scolaires.
Cependant l’école n’est pas seulement le rendez-vous des enfants. Il s’agit selon nous d’associer, dans une perspective globale de développement, les enseignants mais aussi les parents invités à jouer un rôle participatif dans l’Ecole de demain. En effet la rentrée 2016 marquera également un tournant dans la mise en place de la réforme du collège (loi de refondation de l’Ecole, BO numéro 23 du 4 Juin 2015 ).

Dans un premier temps, pour rendre opérationnel l’acquisition d’un Socle Commun de Compétences et de Culture, le décloisonnement des matières y est institué ainsi qu’un travail obligatoire inter disciplinaire. Le tennis de table comme support des apprentissages en EPS peut prendre toutes les formes et supports nécessaires à ces savoirs en actes et rendre facilement opérationnel cette nouvelle stratégie scolaire.

De plus la notion et le cadre d’apprentissage évoluent en identifiant maintenant un cycle 3 regroupant les classes de CM1, CM2, 6ème. Autrement dit la liaison école/collège est actée et l’activité motrice prend une place ressource pour constituer cette passerelle.

En quoi et comment dans cette perspective de changement, l’activité tennis de table peut-elle apparaître comme source d’énergie pédagogique et didactique par les enseignants dans le souci de faire réussir tous les élèves ?

Quels sont les outils à disposition aujourd’hui et que nous pouvons encore décliner demain pour que le Ping « pollinise » l’ensemble des actions éducatives sportives scolaires ?

Des pistes de réflexions s’offrent à nous pour attirer de nouveaux publics vers le tennis de table tant chez élèves que chez tous les acteurs du système éducatif. Ces idées invitent à augmenter le nombre de ponts entre les différentes unités du système scolaire et le secteur fédéral local garantissant une réussite construite commune.

Voici en quelques points nos axes de réflexion :

1/ Développer un espace libre de pratique du Ping dans le cadre scolaire :

Donner aux élèves l’envie de pratiquer le tennis de table c’est leur permettre de jouer en toutes circonstances : ainsi il semble intéressant de retrouver une dynamique de jeu libre et créatif dans l’espace scolaire.

La mise en place de tables de tennis de table inamovibles (autrefois en pierre dans les cours d’école) engagerait cette perspective. Elles pourraient être demain en matériaux composites et être liées à une dynamique de développement durable en faisant partie intégrante du projet d’établissement voté en conseil d’administration. Une réflexion serait à mener auprès des collectivités en charge des infrastructures ( la commune pour les écoles, le conseil départemental pour les collèges et conseil régional pour les lycées) pour aider le financement de ces projets éducatifs. Impulser une politique de dotation matérielle pérenne et utilisable à 100% du temps scolaire valorise l’activité régulière de l’enfant et donnerai goût à la pratique de notre sport.

De plus, dans le cadre des écoles primaires c’est donner une possibilité aux professeurs des écoles d’avoir du matériel en plus à disposition pour engager leur cours d’EPS ; 2 tables d’extérieur offrent une activité supplémentaire lors des cours d’EPS obligatoires, augmentent le temps de jeu et proposent à l’enseignant une activité supplémentaire dans sa programmation annuelle que les enfants retrouveront dans les différents cycles du secondaire.

Proposer des tables de Ping en libre accès dans les collèges et lycées c’est répondre à une envie des élèves à savoir de partager un moment convivial de pratique, de jeu, de compétition lors des récréations et durant la pause méridienne ainsi que sur des moments de la journée sans cours disciplinaire. Cette pratique « plaisir et libre »peut pousser progressivement les élèves à se diriger vers l’association sportive de l’établissement mais aussi vers un futur club pour les lycéens après leurs études secondaires. Charge à nous de poursuivre des modalités de pratique ludique pour de jeunes adultes dans les clubs.

2) Contribuer à l’amplification du nombre de sections sportives scolaires Tennis de Table sur l’ensemble du territoire.

Le cadre scolaire secondaire propose aujourd’hui toutes les conditions nécessaires à tous élèves de pouvoir pratiquer une spécialité sportive dans les meilleures dispositions. Sur le temps scolaire (et ne remplaçant pas d’autres disciplines), en partenariat avec un club avec la possibilité de mutualiser les installations comme les intervenants, il est envisageable de proposer un volume d’entrainement conséquent et réparti de manière équilibrée sur l’ensemble de la semaine.
Au-delà de l’aspect purement technique de jeu, la section sportive scolaire permet d’exploiter un champ de compétences assez vaste avec les élèves. Suivi diététique, médical, sensibilisation aux conduites addictives, préparation et récupération du pongiste sont autant de thème possible et à aborder. Les moyens alloués sont très souvent à la charge de l’établissement scolaire d’accueil ( budget EPS, AS, Fond de réserve, foyer socio éducatif) ce qui permet de donner du corps et une dynamique pérenne dans la liaison collège-lycée/ Club.

Demain, investir en nombre les sections sportives scolaire tennis de table c’est proposer de nouvelles impulsions qui organisent notre société et répondre à des besoins éducatifs, de santé et de formation de l’individu. Des sections sportives mettant en lumière la pratique du tennis de table féminin (Fit Ping) en particulier au lycée où le temps d’activité physique des adolescentes et jeunes adultes est en chute constante apparait comme une piste. De plus, une section sportive scolaire tennis de table en collège accueillant des enfants à handicaps peut favoriser la construction d’un véritable projet sportif pour ces enfants. En apportant une réelle pratique adaptée et renforçant leur sentiment de confiance nous permettons à tous de développer un haut niveau de connaissances et de compétences dans notre activité.
L’ensemble des sections sportives scolaires ont également pour vocation de donner goût aux élèves de s’investir dans tous les aspects de la pratique du tennis de table. C’est ainsi que les aspects liés à l’arbitrage et aux notions d’organisation de la pratique sont également abordés, des dimensions importantes pour le développement futur de nos associations pongistes.

Les directives de la circulaire N° 2011-099 du 29-9-2011 précisent à la fois les objectifs et les missions d’une section sportive scolaire. Rappelons que les sections sportives scolaires, qui permettent la formation de jeunes sportifs de bon niveau et de futurs éducateurs, arbitres, officiels ou dirigeants, exige un partenariat avec une fédération sportive nationale ou avec ses structures déconcentrées régionalement et localement. Toutefois, l’ouverture d’une section sportive scolaire est soumise à la décision du Recteur de l’académie. Pour répondre à l’esprit de la loi et opérationnaliser notre politique de développement sur l’ensemble du territoire il semble important de cibler les clubs susceptibles d’être le point d’appui de ses sections sportives. Au sein d’une même académie nous pouvons différencier la nature de l’accueil et du projet ne mettant pas ainsi les structures en compétition mais en synergie d’action et de missions amenant davantage de pratiquants à bénéficier du tennis de table comme source d’émancipation.

3) Accompagner les Formations Professionnelles Continues (FPC) des enseignants d’EPS, véritable porte d’entrée de la promotion du tennis de table comme activité scolaire attractive.

L’ensemble des enseignants d’EPS utilise la FPC (formation professionnelle continue ) pour parfaire leurs connaissances et leurs compétences dans une activité physique ciblée.

Ces formations très prisées (au nombre de 3 environ par an) se déroulant sur 2 jours et demi sont animés par un collègue maîtrisant l’activité et s’adressent à une trentaine de professeurs d’un bassin d’action (pool de plusieurs communes) réunis pour l’occasion.

Nous pouvons envisager un partenariat entre le Rectorat et la ligue pour permettre l’intervention d’ un cadre technique intégrant le stage sur une demi-journée apportant ainsi un regard actuel du tennis de table sur une approche technique mais aussi didactique. C’est également l’occasion de présenter l’ensemble des dimensions de notre développement ( baby ping, ping au féminin,Ping tour, Educ’Ping, Ping santé, etc…) donnant des pistes de réflexion et d’action aux enseignants dans la mise en place des nouveaux programmes d’EPS ( rentrée 2016) répondant à la dynamique de la refondation de l’Ecole. En créant ainsi l’interface scolaire/fédéral, il devient possible de communiquer avec l’ensemble des enseignants et d’établir un contact direct pour ceux qui souhaiteraient prolonger leurs connaissances et compétences et/ou qui mettraient en place des échanges et partenariat entre leurs élèves et les clubs locaux.

4/ Utiliser l’instauration de liaison école/collège ( loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République publiée au Journal officiel, mardi 9 juillet 2013) et les journées nationales de promotions du sport à l’Ecole pour initier à la fois les enseignants, les élèves et leurs parents à une pratique du tennis de table ludique, collective et fédératrice.

Des actions peuvent alors être menées lors de la journée du sport scolaire :

En effet La Journée nationale du sport scolaire a lieu chaque année en septembre. Dans les écoles, collèges et lycées de France, des manifestations sportives et ludiques (démonstrations, tournois, compétitions) réunissent les élèves, leurs professeurs, leurs parents.

Elle s’intègre à l’opération « Sentez-vous Sport », qui regroupe pour l’occasion l’ensemble des fédérations sportives. Chaque association peut organiser des événements ouverts à tous en rapport à ce thème. L’objectif de cette journée est de promouvoir le sport scolaire, de montrer le dynamisme de près de 2 millions d’élèves licenciés et d’attirer de nouvelles recrues.

La Journée nationale du sport scolaire marque l’ouverture d’une semaine dédiée au sport à la rentrée, en collaboration avec les fédérations du sport universitaire, du sport en entreprise et de l’ensemble du mouvement sportif regroupé au sein du Comité national olympique et sportif français.

Il apparaît important de se positionner sur cette journée particulière en proposant une synergie entraîneur ou cadre technique avec un représentant EPS en mettant en place l’organisation d’une rencontre conviviale mêlant enseignants-élèves-parents. Cette demi-journée peut mettre le jeu en double à l’honneur en créant des paires inhabituelles : profs-élèves ou parents-profs ou organiser des tournois simples par équipe de 3 (type poursuite ou ronde italienne où une équipe est composée de 3 univers différents : 1 parent, 1 enseignant, 1 élève).

La pratique du Ping, par les conditions facilitatrices d’opposition qu’elle suscite, est un véritable tremplin pour réunir à la fois des élèves du primaires et du collège ou du collège et du lycée.

5/ Le tennis de table en EPS, vecteur de l’inclusion et de l’intégration scolaire.

A la rentrée 2014, 108 080 élèves en situation de handicap ont été scolarisé (75 840 en classe ordinaire et 32240 en unité localisée pour l’inclusion scolaire (ULIS)) au collège et au lycée
Ces chiffres ont été multipliés par 2 depuis 2006.

Dans ce contexte il nous semble nécessaire de contribuer à la mise en place « d’un tennis de table » destiné à la réussite de tous. En effet, la pratique du tennis de table par la facilité d’un espace de jeu petit mais total offre une totale possibilité de jeu pour tous.
Dans le secondaire, lorsque les exigences d’une scolarisation individuelle ne sont pas compatibles avec leurs troubles, les élèves en situation de handicap peuvent être scolarisés dans une unité localisée pour l’inclusion scolaire (ULIS). Encadrés par un enseignant spécialisé, ils reçoivent un enseignement adapté qui met en œuvre les objectifs prévus par le projet personnalisé de scolarisation. Les élèves sont inscrits dans leur classe de référence.
À la rentrée 2014, on comptait 3 097 Ulis. L’implantation de ces unités localisées pour l’inclusion scolaire est organisée de façon à ne laisser aucun territoire hors d’accès des élèves, en tenant compte des contraintes raisonnables de transport. Ce mouvement se poursuit particulièrement dans les lycées professionnels. Les Ulis sont incitées à fonctionner en réseau, notamment pour répondre aux besoins de formation professionnelle des élèves handicapés.

A la lumière d’une volonté de plus en plus forte et raisonnée d’intégration et d’inclusion de tous les élèves en vue de leur réussite dans les différentes disciplines et particulièrement en EPS, nous pouvons encourager la programmation du tennis de table comme tremplin à l’élaboration d’une motricité qui se veut fine et enrichissante dans les progrès cognitifs, affectifs et moteurs des enfants.

Au regard de la dynamique déjà proposée avec l’aménagement et l’équilibre des sections sportives nous pensons qu’un partenariat entre les comités départementaux correspondant à la répartition des ULIS sur le territoire national peut être une source d’échanges porteuse de sens pour l’ensemble des parties. En effet, les enfants à besoins particuliers sont souvent suivis de manière approfondie par leur famille, investie dans chaque progrès de leur enfant. C’est ainsi que par l’intermédiaire de la ligue ou du département de la zone concernée nous pouvons envisager des actions de mini stages de Ping dans les structures d’accueil en facilitant l’accès aux enseignants et aux parents quant aux aménagements pédagogiques à mettre en place et aux situations d’apprentissage évolutives pour l’ensemble du groupe et réinvestissables en cours d’EPS et également dans le cadre familial dans une certaine mesure avec l’appui futur d’un club.

Voici quelques exemples d’adaptation permettant de répondre aux besoins des élèves et leur permettant de s’investir pleinement et dans une perspective de progrès en tennis de table.

Le tennis de table a connu des adaptations pour les personnes en situation de handicap dans les années 1950. C’est d’ailleurs l’un des premiers sports à l’avoir fait.

A. Le tennis de table handisport (que l’on pourrait retrouver dans le cadre scolaire)

Ce sport peut se pratiquer debout ou assis (usage de fauteuil roulant), ainsi elle est accessible à l’ensemble de la population. Cette pratique peut également mélanger élèves valides et non valides par l’éventail des ressources sollicitées.

Il existe une classification selon le handicap (10 au total, 5 concernant les joueurs en fauteuil et 5 pour les pratiquants qui ont un handicap de bras ou de jambe.
Règles : elles sont quasiment identiques à celles de la FFTT à l’exception d’une adaptation pour les personnes en fauteuil roulant.

En simple, le service doit être délivré de la sorte que la balle ne franchisse pas les lignes latérales et en compétition quelques règles sont ajoutées : le premier à marquer
11 points remporte le set.

Le matériel : le matériel (balle, raquette). Pour la pratique du tennis de table handisport est identique à celui du tennis de table. En revanche, la table doit répondre aux besoins des personnes non valides : elle doit permettre l’accès au fauteuil (être surélevé par exemple).

B. Le tennis de table adapté

Déficiences mentales divisées en 3 divisions. Pour la division regroupant les plus lourds handicaps il n’y a pas d’obligation spécifique pour les raquettes et les balles.
De plus, les certificats médicaux d’inaptitude partielle nous demandent d’adapter notre enseignement à ce que tout élève puisse participer au cours d’EPS en fonction de ses possibilités et de ses capacités résiduelles.

6) Combiner notre pratique du Tennis de table avec le badten (pratique scolaire) et poursuivre sa déclinaison au sein du club.

« Le Badten est né d’une simple pratique scolaire (contrairement aux autres activités) ce qui lui confère un label UNSS, une marque de fabrique unique. De nombreuses associations sportives voient dans le Badten une vitrine de l’UNSS qui engendre une multi-activité et fédère une véritable identité.

Formule originale dans sa conception, spécifique au sport scolaire, le Badten allie des objectifs aussi variés que la citoyenneté, la convivialité, le respect partagé dans un esprit de compétition éducatif et sportif permettant aux joueurs de se confronter tant en badminton qu’en tennis de table, illustration de la transversalité des activités et à l’image de la pluri activités, véritable identité du sport scolaire. La constitution des équipes se fait en parfaite mixité permettant alors des échanges sur le plan compétitif mais aussi au niveau du coaching de l’équipe, riches et pertinents ». Fiche sport, UNSS.org, Février 2016

Les élèves s’affrontent donc dans un premier temps en tennis de table puis en badminton, il est alors recherché une continuité des apprentissages en sports de raquette, transversalité qui apparait aujourd’hui comme l’ADN de l’Ecole et particulièrement celui de l’EPS.

De plus la pratique du Badten instaure une mixité construite et réfléchie ainsi que le plaisir du jeu collectif.

Aujourd’hui le championnat de Badten connait une véritable expansion (les élèves prennent facilement leur licence UNSS pour pratiquer cette activité attrayante) et son essor réside dans la capacité des enseignants d’EPS à construire un groupe de pratiquants qui va s’inscrire dans la durée (de la 6ème à la 3ème ou de la 2nde à la Terminale). Le projet de progression équilibrée entre les 2 pratiques est le moteur guidant les élèves et les enseignants.

Dans ce contexte n’est-il pas envisageable comme cela se déroule déjà dans nos structures clubs par des événements type « le tournoi des 3 raquettes », de développer cette pratique au sein de certains clubs support ? En effet dans cette perspective de continuité des apprentissages et de volonté de fidéliser un public nouveau sportif souhaitant une polyvalence de performance nous pouvons encourager la mise en place dans certains clubs d’un créneau, de séances, de partenariats pour promouvoir dans cette double dynamique dans laquelle l’activité tennis de table garde une part attractive.

L’ensemble de ces différentes propositions ont vocation à être interrogées, voire approfondies. Elles sollicitent les expériences de chacun et toute innovation pédagogique est source d’avancée pour notre pratique. Vos réflexions et mises en œuvre seront les bienvenues.

Sylvain CANITROT

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